Pauline Versace, animatrice de la conférence » À la rencontre des femmes du vin » – La Cité du Vin à Bordeaux , 10 mars 2026
Le 10 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la Cité du Vin de Bordeaux accueillait une table ronde inédite : quatre femmes qui font bouger les lignes du monde viticole bordelais, réunies pour parler sans détour de pouvoir, de transmission, de crise et d’avenir. J’ai eu le privilège d’animer cette rencontre. Voici ce que j’en retiens.

Quatre femmes, quatre visions du vin
Sandrine Garbay, Docteure en œnologie et Directrice Générale de Château Guiraud (Premier Grand Cru Classé de Sauternes 1855) et des domaines Terres de Natures, a incarné la légitimité scientifique et technique. Après 25 ans comme Maître de chai à Château d’Yquem, elle a parlé avec une franchise rare des enjeux de la filière et de sa stratégie pour y répondre : non pas résister, mais transformer.
Valentine Picant, avocate de formation devenue directrice du domaine Hostens-Picant en 2024, a apporté une dimension très humaine à la soirée. Apprendre à diriger , construire une gouvernance à deux femmes — elle et sa mère —, une vision solide de la dustrinution : son témoignage a touché le public.
Caroline Decoster, ingénieure reconvertie, Directrice commerciale et marketing de La Maison Cardinale (Saint-Émilion), a ouvert une fenêtre sur un Bordeaux qui se réinvente par la créativité : œnotourisme alliant vin, musique et littérature, expériences mémorables, ancrage culturel fort. Sa propriété vient de remporter le Global Best of Wine Tourism Award pour la France en 2026.
Hélène Ponty, représentait encore une voie différente : revenue de dix ans à l’étranger (HEC, MIT, Chine, États-Unis), elle a repris le vignoble familial de Canon Fronsac en 2019, passé tout le domaine en agriculture biologique, réduit la surface pour travailler seule de la taille à la commercialisation. Prix des Artisanes du magazine Elle, ses petites cuvées parcellaires racontent une autre façon de faire du vin bordelais.

De gauche à droite : Caroline Decoster, Sandrine Garbay, Valentine Picant, Hélène Ponty et Pauline Versace.
Leur vision de Bordeaux dans 10 ans ?
C’est l’une des questions que j’ai posées directement, sans détour. Les quatre intervenantes s’accordent sur un diagnostic : Bordeaux souffre d’un problème de récit autant que d’un problème économique. La région a longtemps vendu la légitimité héritée — les classements, le prestige, l’histoire — sans suffisamment raconter ce que ses vins font vivre aujourd’hui. La crise actuelle est aussi une crise de sens.
Sandrine Garbay a mis en avant la nécessité de réinventer les codes du Sauternes pour toucher de nouvelles audiences. Caroline Decoster a plaidé pour un Bordeaux qui parle à des gens qui n’achetaient pas de vin. Hélène Ponty a rappelé qu’une appellation comme Canon Fronsac — moins connue que ses voisines Pomerol et Saint-Émilion — doit construire sa différence sur l’authenticité et l’exigence plutôt que sur le marketing.
Transmission et légitimité : les questions qui dérangent
L’un des moments forts de cette rencontre a été la question de la légitimité : comment s’impose-t-on dans un monde où les codes ont été écrits par d’autres, le plus souvent des hommes, le plus souvent des héritiers ? Sandrine a la légitimité scientifique (docteure en œnologie). Valentine a la légitimité familiale, mais sans formation viticole initiale. Caroline et Hélène ont la légitimité de la reconversion, c’est-à-dire le regard neuf de quelqu’un qui a choisi ce monde en pleine conscience.
La question que j’ai posée — « Est-ce qu’on peut vraiment parler de légitimité dans le vin, ou est-ce que c’est juste un truc qu’on s’invente pour se rassurer ? » — a provoqué un consensus. La réponse collective : la légitimité se construit à travers les actes, pas les titres. Ce qui ne veut pas dire que les obstacles n’existent pas.
Œnotourisme : un secteur en croissance
Sur l’œnotourisme, Caroline Decoster a défendu avec conviction l’idée qu’une expérience mémorable n’est plus seulement une dégustation commentée : c’est une invitation à habiter un univers, une porte d’entrée pour des publics qui ne seraient jamais venus autrement. Et que le vin y gagne — en accessibilité, en désirabilité, en fidélité.
Pourquoi animer des rencontres sur les femmes et le vin à Bordeaux ?
Je prépare actuellement un livre — Game Changer, elles ont changé les règles du jeu — consacré à des femmes qui ont déplacé les lignes du monde viticole et de l’entrepreneuriat agricole. Cette rencontre à la Cité du Vin s’inscrit dans cette démarche : aller chercher les vraies questions, celles qui dérangent autant qu’elles inspirent.
Le vin est un observatoire fascinant des rapports au pouvoir, à la transmission, à la légitimité et au sens du travail. C’est pour cette raison que j’anime régulièrement des tables rondes, conférences et rencontres autour de l’œnotourisme, des femmes dans la filière viticole, et des nouvelles façons de penser et de raconter le vin.
Si vous organisez un événement sur ces thèmes — festival du vin, conférence professionnelle, soirée œnotouristique, journée institutionnelle — et que vous cherchez une animatrice ou modératrice capable d’aller au fond des sujets avec exigence et fluidité, n’hésitez pas à me contacter : Pauline Versace Pauline@viebonne.fr
À regarder aussi
→ Le replay de la conférence sur le site de La Cité du Vin à Bordeaux